La première fois que j'ai écouté Ram de Paul et Linda McCartney, c'était en 1981 ou 1982, j'avais douze-treize ans. La pochette m'avait toujours intrigué. On y voit Paul tenant un Bélier en noir et blanc sur un fond aux tons orange dessiné au feutre, de manière enfantine. Elle avait un côté éclatant et en même temps un aspect kitch indéniable. Aujourd'hui encore, je n'arrive pas à savoir si elle est sublime ou bien affreuse. Toujours est-il qu'elle attirait l'oeil et que j'avais hâte de l'écouter.
À l'époque, l'album était encore considéré par la critique comme un album mineur de Paul McCartney. Dénigré à sa sortie en 1971, encore qu'il fût n°1 au Royaume Uni et n°2 aux Etats-Unis, il n'a été réhabilité qu'à la fin du siècle, jusqu'à être considéré par certains comme l'oeuvre la plus aboutie de la carrière solo de McCartney. Je le pensais déjà en 1982. L'album n'a pas quitté la platine pendant des mois et des mois.
Je me souviens très bien des toutes premières secondes de découverte. L'album commence par Too Many People dont l'intro est une complainte pour le moins surprenante puisqu'il déclame « piece of cake » (morceau de gâteau). Miracle, avec mon niveau de cinquième en anglais, je comprenais les première paroles ! Est-ce que cette compréhension immédiate et inédite pour moi a créé d'emblée une connivence avec Ram ? Ce n'est pas impossible.
Qu'est-ce qui fait que Ram, alors que vient de paraître la version remastérisée accompagnée d'un CD de bonus fort intéressant, a été reconsidéré depuis quelques années à sa juste valeur ?
En 1971, Lennon avait déjà publié l'année précédente l'excellent Plastic Ono Band, album d'écorché vif, minimaliste, inspiré du cri primal. Ram, a cette particularité d'être un album gai, apaisé, et aussi d'un album d'amoureux, c'est le seul album paru sous les noms de Paul et Linda McCartney.
Le contraste était trop flagrant.
Ce qui plaît aujourd'hui dans Ram, c'est ce qu'on lui reprochait à l'époque. Il y a peu d'albums pop rock qui donne envie d'aller s'installer à la campagne à "écouter l'herbe pousser". Ram en fait partie.
De plus, le song writing et la voix de Paul sont à leur apogée. Lorsqu'il fait un blues, (3 legs), c'est un blues gai. Quand on écoute la mélodie de Dear Boy, on se demande où diable il a bien pu pêcher ça. Long Haired Lady est une ballade qui mêle habilement noblesse et ironie. Heart of the country est un bijou folk comme on n'en fait plus. Et je ne parle pas des structures alambiquées d'Uncle Albert/Admiral Halsey et du sublimissime The Back Seat of my car.
La comparaison avec les Beatles est inévitable. De par l’agencement de l'album, avec le titre quasi éponyme repris à l'avant fin (comme dans Sgt Pepper's) mais aussi par les constructions de chansons avec les outros propres à Paulo : la fin de « Ram on » la reprise fera d'ailleurs l'objet d'une chanson, Big Barn Bed, et celle The Back Seat of my car est tous simplement poignante.
Enfin, les choeurs acidulés et nasillards de Linda, souvent surprenants, apportent vraiment une couleur singulière à l'album. Elton John considérait à ce propos que Linda McCartney était la meilleure choriste au monde. Ce en quoi il exagérait sûrement, mais c'était la meilleure choriste de Paul.
Il faut profiter du très bon travail de remasterisation qui a été fait sur Ram pour le réécouter avec les beaux jours qui pointent. C'est indéniablement un album printanier, au fond aussi coloré que sa pochette.